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La Société
d’histoire de Charlevoix s’oppose au redécoupage de la circonscription de
Charlevoix proposé par la Commission de la représentation électorale du Québec L’annonce du projet de créer la nouvelle circonscription
Beaupré-Charlevoix par le Directeur général des Élections du Québec inquiète
grandement la Société d’histoire de Charlevoix pour des motifs historiques et
sociologiques. L’intégrité du
Charlevoix traditionnel à maintenir De prime abord, les limites du Charlevoix traditionnel
recouvrent un espace géographique naturel bien défini compris entre l’imposant
massif des Laurentides, dans le secteur des Caps, et la rivière Saguenay. Sur
le plan municipal, ce territoire comprend l’ensemble des municipalités situées
entre Petite-Rivière-Saint-François et Baie-Sainte-Catherine. Mais les limites du Charlevoix traditionnel réfèrent
surtout à l’espace seigneurial dont la concession s’effectue dès le 17e
siècle sous le régime français avec les seigneuries de Beaupré en 1636
(incluant les actuelles localités de Petite-Rivière-Saint-François, de
Saint-Urbain et d’une partie de Baie-Saint-Paul), Malbaie en 1653 (dont font
partie Saint-Irénée, Saint-Aimé-des-Lacs, Clermont, La Malbaie et
Saint-Siméon), du Gouffre en 1682 (Baie-Saint-Paul, Saint-Urbain), Les
Éboulements en 1683 et île aux Coudres en 1687. Au 19e siècle, avec
la saturation avancée de l’espace seigneurial, des cantons sont érigés souvent
longtemps après avoir été « squattés », mais seulement quelques-uns
d’entre eux seront véritablement occupés : Settrington en 1822 (actuelle
localité de Saint-Hilarion), Callières en 1864 (partie prenante de
Saint-Siméon), Saguenay en 1863 (Baie-Sainte-Catherine) ainsi que De Sales en
1868 (aujourd’hui Notre-Dame-des-Monts); plus tardivement au 20e
siècle, suivent les cantons Sagard et Chauveau en 1919. (1) Dès lors, ce territoire est considéré sur le plan
administratif comme une entité en elle-même devenant au fil des siècles la
circonscription électorale de Northumberland de 1792 à 1830, de Saguenay de
1830 à 1855 et de Charlevoix jusqu’à aujourd’hui. Cet espace n’a jamais fait
l’objet d’aucune division malgré les ajouts multiples d’autres espaces au fil
des redécoupages des limites du comté électoral. Regardons de plus près le lien
avec Saint-Siméon, Baie-Saint-Catherine et, plus récent, du canton Sagard. Le peuplement de la partie Est de la région de Charlevoix
s’amorce véritablement à la suite de la Conquête, en 1762, avec le découpage de
l’ancienne seigneurie de Malbaie en deux sections distinctes: du Cap aux Oies à
la rivière Malbaie, à John Nairne, et de Cap-à-l’Aigle à la rivière Noire, à
Malcolm Fraser. Progressivement, l’occupation du territoire de la seigneurie de
Mount Murray s’étend vers le secteur de Saint-Siméon et se rend dès les années
1820-1830 jusqu’aux terres de la rivière Noire. (2)
Mais déjà, dès les années 1830, les futurs cantons Callières et Saguenay sont
occupés par quelques habitants chargés de la mise en valeur de moulins à scie
le long des différentes rivières à la Baie-des-Rochers, à Port-aux-Quilles ou à
la Rivière-aux-Canards. Puis, ce territoire est rapidement
« squatté » par des colons agriculteurs à la recherche de nouvelles
terres. Preuve de sa croissance démographique, le secteur de
Saint-Siméon se forme rapidement comme une entité autonome au carrefour de la
région du Saguenay et de la Côte-Nord; en 1869, la municipalité et la paroisse
de Saint-Siméon sont officiellement formées. Pour sa part,
Baie-Sainte-Catherine, en raison d’une population faible, tarde à se structurer
surtout à cause des activités sporadiques de la compagnie Price, principal
employeur du lieu qui déménage ses opérations ailleurs; il faut attendre en
1904 pour que le canton Saguenay soir érigé sur le plan municipal et, en 1951,
sur le plan paroissial (3).
Permettons-nous d’ajouter le cas du canton Sagard, sous la gestion de la MRC de
Charlevoix-Est, qui a été récemment ajouté à la circonscription électorale de
Charlevoix. Cette colonie de peuplement formée en 1932 à l’initiative du curé
de Saint-Siméon, l’abbé Joseph Gauthier (4),
constitue à n’en pas douter une extension naturelle de la population du
Charlevoix traditionnel. Il importe ainsi, selon nous, de conserver l’intégrité du
Charlevoix dit traditionnel à l’intérieur de la nouvelle circonscription soit
le territoire allant de Baie-Sainte-Catherine à Petite-Rivière-Saint-François.
Le retrait des municipalités de Baie-Sainte-Catherine et de Saint-Siméon de la
nouvelle circonscription est d’ailleurs incompréhensible en ce qu’il amène une
perte d’électeurs plutôt que la hausse recherchée au préalable par la
Commission de la représentation électorale. D’autre part sur le plan historique
et social, ce serait une aberration de joindre ces deux localités si
typiquement charlevoisiennes à la Haute-Côte-Nord (circonscription de
René-Lévesque) où elles n’ont même pas de liens géographiques directs. Les
retrancher de leur espace traditionnel n’est rien d’autre en fait qu’une
dénaturation grave et injustifiable de ce milieu. Le Charlevoix
traditionnel, un milieu social distinct de la banlieue de Québec D’autre part, nous ne nous opposons pas au prolongement
de la circonscription vers la Côte-de-Beaupré ce qui dans les faits est réalisé
déjà avec les municipalités de Beaupré et de Sainte-Anne-de-Beaupré déjà
intégrées dans la circonscription de Charlevoix. Cependant, des différences
notables au niveau du lien plus prononcé de ce secteur avec la grande région de
Québec se sont affirmées au cours des dernières années et il nous semble
souhaitable d’être prudent en ce domaine. Ainsi, pourquoi par exemple ne pas
maintenir l’île d’Orléans et Boischatel dans la circonscription de Montmorency
et conserver Saint-Siméon et Baie-Sainte-Catherine dans Charlevoix-Beaupré, et
ce, quitte à y ajouter Château-Richer, l’Ange-Gardien afin d’atteindre un
niveau plus acceptable d’électeurs? Enfin, il nous semble important par-dessus tout de
conserver à la région de Charlevoix un poids politique minimal au lieu de
morceler cette entité historique et sociale reconnue. Nous invitons la
population charlevoisienne à se mobiliser sur cette question avant que la
circonscription nommée en l’honneur de l’historien Pierre-François-Xavier de
Charlevoix en 1855 ne perde tout son sens historique et par le fait même efface
l’histoire d’une région qui doit continuer d’exister sur le plan symbolique et
dans la réalité concrète car autrement c’est toute une partie de l’héritage
culturel de Charlevoix ou même du Québec qui s’en trouve menacé. BIBLIOGRAPHIE GAUTHIER, Serge
et Normand PERRON. Histoire de Charlevoix.
Québec, Presses de l’Université Laval, 2000. 387 p. GAUTHIER, Serge et al. Guide des archives de Charlevoix. Québec, IQRC, 1985. 97 p. HARVEY, Christian. « L’histoire du canton
Sagard (1932-2002)», Revue
d’histoire de Charlevoix, 40 (Mai 2002) : 2-9. HARVEY, Christian. La
seigneurie de Mount Murray et ses habitants. La Malbaie, Les Éditions
Charlevoix, 2008. 80 p. 1. Serge GAUTHIER et Normand PERRON. Histoire de Charlevoix. Québec, Presses de l’Université Laval,
2000. p. 80-90. |