Mesdames et messieurs,

Savez-vous, qu’aujourd’hui, en cette église de Clermont, nous vivons une réelle page d’histoire? Oui, un homme, Alexis Lapointe dit le Trotteur, notre frère, notre compatriote, après avoir été inhumé une première fois en 1924 puis extrait du sol où il reposait au cimetière de La Malbaie en 1966, revient maintenant chez lui pour y connaître une seconde et, nous l’espérons, dernière sépulture.

Ce fait extraordinaire est donc unique et restera dans les annales.  Mais, Alexis Lapointe était-il donc un homme si exceptionnel pour mériter une telle attention? Oui et non. Celui que l’on nomma Le Trotteur, né en ce pays de Charlevoix en 1860 et mort au Lac-Saint-Jean en 1924 était à la fois très modeste mais aussi tellement spectaculaire. Il a vécu sur la route, les grands chemins de son temps, pauvre et errant, un peu et beaucoup marginal, se prenant pour un cheval, attirant les regards, faisant de magnifiques fours à pain en piétinant la glaise, courant, sautant, dansant, rêvant, se retrouvant seul parfois. Il a fait parler de lui si souvent Alexis le trotteur, peut-être aurait-il aimé aussi un peu de silence à son sujet. Et c’est pourquoi nous prendrons au cours de cette cérémonie, un peu de temps pour nous recueillir, après tant de paroles, autour de sa mémoire.

Qui était-il ? Nous ne le saurons vraiment jamais. Grand athlète? Homme un peu fou? Charmeur ou personnage un peu inquiétant? Qui sait? Il reste qu’il a fasciné, qu’on en a parlé, qu’il est demeuré dans la mémoire du peuple, recevant l’ultime tribut de la légende. Mais la légende est lourde à porter parfois et faisons en sorte qu’elle se taise un peu aujourd’hui et regardons Alexis, en ce jour, comme un frère, un ami, un parent, comme celui qui a su émerveiller et distraire mais sans jamais s’arrêter, sans jamais cesser de rechercher par la course ou autrement à faire vivre un rêve plus grand que lui et que nous, celui de dépasser ses limites, de lutter sans cesse contre la fatalité et le défaitisme par la joie et le rire. Il faut le remercier d’avoir su être plus que lui-même et d’être devenu le Trotteur, le Centaure, le Surcheval et plus encore.

Que retenir donc pour se souvenir d’Alexis le Trotteur, au moment où finalement, il reposera en paix, chez lui, à Clermont? L’image du grand athlète à sa façon, bien sûr! Ou peut-être celle de l’ouvrier âgé de 63 ans frappé à mort par un train sur un chantier de construction en janvier 1924… Mais finalement pourquoi ne pas voir en Alexis le Trotteur cet homme modeste, tout simple, libre et fier, celui qui galopait sur les terres non loin d’ici, celui qui ne cherchait rien d’autre que de vivre simplement son quotidien parfois difficile, celui que nous ne connaissons pas bien encore et saurons-nous jamais tous ses mystères et sa légende ? Sans doute pas. Retenons pourtant ce court extrait d’un texte de l’écrivain Félix-Antoine Savard (le fondateur de Clermont) et gardons-le en mémoire comme la signature finale du grand et modeste Trotteur que nous portons en terre aujourd’hui :

« Le pauvre! On l’appelait le fou. Mais il battait des rythmes inconnus de nos sages. Il aimait à courir, à pilonner l’argile, à façonner des fours.

Il est entré dans la légende. Et certains soirs de pain parfumés et tièdes, on croit que, Centaure, il galope sur nos sillons »  Adieu cher Alexis ! Merci.