La Malbaie pourrait effacer une partie de son histoire

Le projet de redécoupage des districts électoraux de la municipalité de La Malbaie comporte des incidences importantes sur la mise en valeur du patrimoine toponymique de ce lieu et en ce contexte la Société d'histoire de Charlevoix voudrait soumettre à la population et aux élus les quelques considérations historiques suivantes.

De façon générale, les noms des nouveaux districts semblent plus adaptés à un dépliant touristique qu’à une municipalité possédant une riche histoire comme La Malbaie : du Parc Marin, Entre fleuve et montagne, du littoral, arrière-pays et autres. De plus, il nous semble que si ces nouveaux noms de districts devaient être accolés aux indications routières ou de transport, ils pourraient semer la confusion alors que ceux existant actuellement sont très facilement repérables.

Regardons les noms proposés un à un :

-Du Parc Marin est accolé au secteur Saint- Fidèle un lieu de peuplement possédant plus de 150 ans d’histoire. Il va de soi que le toponyme Saint-Fidèle est plus ancien et qu’il gagne à être conservé. Pourquoi le remplacer par un nom moins susceptible de susciter la cohésion sociale du secteur, en plus d’effacer une appellation qui rappelle l’héritage de l’Église catholique qui n’est pas négligeable dans notre région comme ailleurs au Québec.

-Entre fleuve et montagne efface le toponyme du secteur Cap-à-l’aigle et ce nom a été retenu par Champlain vers 1608. 400 ans après cette nomination n’est-ce pas dommage d’effacer Cap-à-l’Aigle de la carte?

-De la Vallée ne réfère plus à la rivière Malbaie qui a aussi été nommée par Champlain en 1608. Pas plus de référence à l’ancienne municipalité de Rivière-Malbaie qui a pourtant eu son histoire. Le retrait de Grand Fonds de ce secteur est inexplicable tant ce lieu est historiquement lié à l’ancienne municipalité de la Rivière-Malbaie. Le nom de Rivière-Malbaie devrait donc être privilégié.

-Centre-ville ne réfère à rien de typique au lieu. On pourrait lui donner le nom De la seigneurie car c’est bien là où se situaient le domaine du seigneur et la majorité des terres exploitées au temps du régime seigneurial disparu en 1854. Le nom de secteur De Comporté pourrait aussi très pertinent rappelant un quartier de La Malbaie aujourd’hui disparu et le nom d’un important seigneur du lieu soit Philippe Gaultier de la Comporté.

-De la Seigneurie fait référence à un secteur où les terres n’étaient peu ou pas développées au temps de la seigneurie : pourquoi ne pas lui donner le nom de Laure-Conan qui le mérite bien ou encore celui de Jean-Bourdon, premier seigneur de La Malbaie.

-Du littoral doit retrouver son nom de quartier Pointe-au-Pic un lieu historique portant cette appellation depuis la fin du 18e siècle et associé à l’histoire du tourisme.

-Laure-Conan doit redevenir quartier Mailloux afin de rappeler ce toponyme ancien datant de la fin du 17e siècle lié à la rivière et même à l’ancienne municipalité de Rivière Mailloux.

-Enfin le district arrière-pays est pour le moins étonnant : quel électeur pourrait être fier de s’identifier comme habitant un arrière-pays? Le nom de Sainte-Agnès qui préserve une appellation datant de plus de 170 ans apparaît bien plus justifié en conservant encore une fois une désignation qui rappelle la traditionnelle allégeance religieuse de nos ancêtres de même que l’église du lieu datant de 1844 et classée monument historique.

Il s’agit ici de suggestions qui tiennent compte de l’histoire de La Malbaie. Une municipalité ne peut grandir sans s’unir autour de son passé et surtout en cette année du 400e de la Malbaie comme nom de lieu. La Société d'histoire de Charlevoix ne peut donc que souhaiter que la municipalité de La Malbaie mette en valeur les richesses de son passé plutôt que de l’effacer.

Serge Gauthier
Ph. D. en Ethnologie historique
Président de la Société d'histoire de Charlevoix

Et citoyen de La Malbaie